Nous avons souhaité bénéficier de l’avis d’une professionnelle du bien-être de l’enfant au sujet de la garde partagée. Alice Lévy s’est proposée de répondre à quelques questions, nous l’en remercions infiniment !

Bonjour Alice, pouvez-vous présenter votre parcours en quelques mots ?

A.L. : Après quelques années d’études en langues puis en juridique parsemées de voyages enrichissants et de rencontres interculturelles, j’ai compris que l’objet d’étude qui me fascinait réellement était l’Humain, et que ce qui prévalait à mes yeux était la rencontre, l’écoute et l’échange.

J’ai donc décidé de m’engager dans des études de psychologie : après l’obtention de mon diplôme, j’ai souhaité me pencher d’avantage sur la psychopathologie du bébé, car il me tenait à cœur de repartir de l’essentiel, du tout début ! J’ai ainsi pu approfondir les thématiques du développement du nourrisson, de l’attachement, et des premières relations.

À partir de quel âge pouvez-vous travailler avec un enfant?

A.L : J’accueille un public assez diversifié, mais même lorsque je reçois des adultes, nous évoquons inévitablement le vécu de l’enfance, à un moment de la thérapie.

Je reçois des enfants de tout âge, mais mon accompagnement s’adapte bien sûr à l’évolution de l’enfant.

La consultation avec eux est très différente de celle d’un adulte à qui le psychologue demande un travail d’élaboration. Chez l’enfant, la création de la relation avec le psychologue « étranger », la co-construction de son espace, l’attention bienveillante et non directive du professionnel, sont des paramètres essentiels qui permettent de créer des leviers, de rentrer en communication lui, de comprendre son fonctionnement et de le rassurer pour le faire évoluer.

Il m’arrive de recevoir des nourrissons, c’est alors une consultation qui se fait avec au moins l’un des parents. L’enjeu est encore un peu différent, car les parents s’impliquent aussi dans la thérapie, et nous travaillons alors sur le lien et la réassurance. L’enfant ne comprend pas explicitement l’intégralité du contenu de la conversation, mais il perçoit ce dont il s’agit, il sent qu’il est la préoccupation centrale du moment, et il ressent les émotions parentales. Tous les parents disent « mon bébé, c’est une éponge ! », car en effet, en particulier dans la phase préverbale, l’enfant développe une intuition sensorielle très fine.

Je n’ai pas de restriction concernant l’âge de l’enfant, mais je m’adapte à sa capacité à vivre une séparation. Il se peut qu’un enfant de 6 ans refuse de rester seul au cabinet, cela sera bien sûr sujet de conversation, mais il ne faut en aucun cas que la séance chez le psy soit vécue comme un traumatisme ! Au contraire certains enfants peuvent se montrer assez autonomes pour rester seul avec le professionnel dès leur première année. Le « travail» du psychologue consiste alors essentiellement en la création de lien par le jeu.

Y a-t-il des périodes clés / fondatrices pour le développement de l’enfant ?

A.L.: Il me semble délicat de parler en terme d’âge.

Tout d’abord car l’enfance entière est fondatrice, chaque âge, chaque jour, peut contribuer à une acquisition ou un renforcement d’acquisition, presque tout aussi important que l’acquisition en tant que telle, sachant d’ailleurs que des régressions peuvent survenir.

Ensuite, il est bien sûr important d’avoir quelques notions en tête, mais cela peut aussi être contre-productif, si les parents se focalisent sur l’incapacité de leur enfant à parler parce que son grand frère ou son cousin parlait au même âge ! La société tend à vouloir normer l’âge des acquisitions, mais les psychologues et pédagogues insistent plutôt sur des phases de développement.

Enfin, cela dépend aussi à quels types d’acquisitions on s’intéresse : les acquisitions telles la marche, la finesse de motricité, le langage, la propreté sont directement en lien avec des développements physiologiques, musculaires mais également avec le développement psychologique, et c’est en ce sens qu’il me parait plus pertinent de vous en proposer un éclairage : la pédagogue Maria Montessori, par exemple, décrivait plutôt des « périodes sensibles », soulignant que ce n’est pas précisément l’âge qui les détermine, mais que celles-ci correspondent davantage à des périodes de développement où l’enfant se focalise sur un aspect de la vie.

  • Les six premiers mois correspondraient à une période sensible à l’ordre, l’enfant est à l’affût de repères spatio-temporels, et est donc rassuré par des rituels. Le langage devient centre de l’attention de l’enfant à partir de ses 2 mois environ, puis certains bébés vont être plus prompts à prononcer des mots quand d’autres attendront de pouvoir élaborer des petites phrases pour oser parler.
  • C’est vers les 18 mois que l’enfant commence à coordonner ses mouvements, et donc gagner en adresse et en autonomie. Il développe aussi ses cinq sens vers ses 18 mois.
  • Jusqu’à ses deux ans, l’enfant ne s’intéresse pas vraiment aux petits objets qui l’entourent alors que dans sa troisième année l’enfant a tendance à chercher tous les petits objets de l’environnement ; il les porte facilement à la bouche, ce qui répond à son besoin d’exploration et de stimulation des sens.
  • Enfin, ce n’est qu’au cours de sa troisième année que l’enfant commence à s’ouvrir à son environnement social, davantage en capacité de créer du lien et investir le jeu social.

Le psychologue Jean Piaget parle de stades divisés en sous stades, et ce qui me semble essentiel dans la théorie piagétienne est de comprendre les mouvements d’adaptation et d’assimilation de l’enfant pour répondre à un besoin, lui-même créé par un déséquilibre.

Alors que l’enfant dans ses premiers mois vit encore dans un monde assez indifférencié, où il n’est pas en mesure de se sentir individuel, l’enfant découvre la résistance et la permanence d’objet, dans sa deuxième année, et acquiert l’intentionnalité du comportement. Son développement sensoriel lui permet de chercher à s’adapter à son environnement perçu comme extériorisé.

Au fur et à mesure, l’enfant est capable de manipuler et donc d’agir sur sa situation, de transformer l’environnement. C’est à peu près à partir de ses deux ans que l’enfant peut s’approprier l’environnement en le réfléchissant et l’imitant. C’est le début de la « vraie » communication, qui correspond aussi au début du langage et du jeu symbolique, et donc à la recherche de sociabilisation.

Quelles sont les méthodes qui selon vous peuvent aider un enfant à s’épanouir au quotidien ?

A.L.: Je n’ai pas de méthode miracle ni de recette magique pour guider les parents (ou les nounous), mais en effet j’aurais bien quelques conseils à rappeler à la personne qui s’occupe de l’enfant.

Dans toute relation, il est question d’équilibre, et pour cela il est nécessaire de s’adapter à chaque interlocuteur. Ainsi, il me semble indispensable de rester à l’écoute et de pouvoir s’interroger sur ses pratiques. Chaque individu, aussi petit soit-il, peut réagir différemment à un même stimulus !

C’est ainsi qu’un parent peut venir me voir désemparé m’expliquant qu’il « faisait pareil pour l’aîné et que tout se passait très bien… » Oui, mais la petite sœur a besoin d’autre chose, elle ne réagit pas de la même façon… Comment s’adapter ?

Ce qui peut paraitre compliqué face à un enfant, c’est qu’il faut jongler entre l’autorité pour instaurer des règles et la flexibilité pour s’adapter aux particularités et goûts de chacun. Dans cette recherche d’équilibre, l’idée qui doit prévaloir et guider le parent c’est qu’il est le garant de la sécurité et de la protection de l’enfant.

Il est donc normal que le parent s’impose en explicitant des limites stables qui finalement rassureront l’enfant, mais il est aussi souhaitable que l’enfant puisse s’autonomiser et que les angoisses ou excès parentaux n’envahissent pas l’environnement de l’enfant.

Ces types de questionnements peuvent se travailler en consultation, où nous recherchons alors avec le parent la source de ses angoisses ou ce qui le motive à sur-réagir.

Quels peuvent être les bénéfices de la garde partagée sur le bien être de l’enfant selon vous ?

A.L.: Comme je l’ai développé précédemment, l’enfant en bas âge est très sensible à son environnement, et au fur et à mesure de son développement, de plus en plus à la recherche de création de liens.

En ce sens, les bénéfices de la garde partagée se basent sur la régularité des repères, s’agissant des personnes ou des lieux qui restent stables et lui deviennent donc progressivement familiers et sécurisants.

Par ailleurs, comme nous l’avons dit l’enfant est aussi très sensible aux émotions parentales, et la garde partagée est a priori bien vécue par les parents, qui savent à qui ils confient leur enfant, et qui ne sont pas stressés ni par les horaires, ni par l’apparition d’une maladie imprévue de l’enfant qui pourrait empêcher l’un des parents de se rendre au travail !

En outre les parents peuvent s’entretenir directement avec la personne qui s’occupe de leur enfant et avoir des retours directs du déroulement de la journée.

Enfin, le bien être de l’enfant est préservé au sens où il évite les temps de transports, et peu confronté aux espaces publics, il développera certainement moins de maladies infantiles dans les premières années.

Quelle(s) différence(s) constatez-vous par rapport à la crèche ?

A.L.: En premier lieu, je crois que l’aspect pratique est indéniable. Combien de parents se trouvent en situation délicate quand les crèches de quartier répondent qu’elles ne peuvent qu’inscrire l’enfant sur liste d’attente…

En outre, lorsqu’il est inscrit en crèche l’enfant n’est pas accepté s’il présente un signe de maladie et les parents doivent trouver des solutions d’urgence, alors que la nounou peut venir même si l’enfant a une poussée de fièvre !

Evidemment, l’avantage, cité précédemment de la personnalisation du suivi n’est pas négligeable, puisqu’en crèche une auxiliaire de puéricultrice s’occupe au mieux de 5 enfants, et il est fréquent qu’un groupe d’enfants n’ait pas une seule auxiliaire de puéricultrice de référence. Selon le mode de garde partagée, la figure référente qu’est la nounou est plus identifiée et l’environnement est moins dépaysant, plus adapté… Enfin, comme nous l’avons aussi écrit plus haut, les horaires de la garde partagée sont beaucoup plus flexibles, et personnalisables.

Qu’aimeriez-vous dire aux parents que la recherche du meilleur mode de garde peut stresser ?

Tout d’abord j’aimerais les rassurer, car ce type d’angoisse est inévitable (… ou presque !) mais comme toutes les manifestations d’émotions, elles ne doivent pas envahir le quotidien du parent. Il est fréquent que la séparation fasse ressurgir des choses qui jusque là restaient en arrière-plan ou que le parent, en tant qu’adulte, avait réussi à surmonter.

C’est pourquoi, si les angoisses perdurent chez le parent il peut être tout à fait bénéfique pour lui, pour le couple et pour son enfant (n’oubliez pas, celui-ci « est une éponge » !) de faire la démarche de consulter un psychologue.

La recherche du « meilleur » mode de garde et les inquiétudes qui l’accompagnent, peuvent cristalliser ces angoisses de séparation ou de compétence parentale, mais il peut aussi s’agir d’une préoccupation très raisonnée. Il est important de garder à l’esprit que les différents modes de garde présentent chacun leurs avantages (et donc leurs inconvénients !) et en ce sens, les parents doivent en discuter au sein du couple, essayer de trouver un accord pour que l’harmonie de la coéducation ne soit pas entachée d’un choix qui paraitrait unilatéral, et se faire confiance. Mais les parents doivent, là encore, ne pas hésiter à s’entretenir avec des professionnels qui pourront les orienter selon leurs priorités et préoccupations.

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Merci beaucoup pour votre temps Alice !

Alice Lévy, psychologue clinicienne 
25 rue HERMEL
75018 PARIS
Tel: 01 42 64 49 15
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